Dans une tribune publiée ce mercredi dans les colonnes de 24 heures, Bernard Nicod, fondateur et patron du Groupe Bernard Nicod, dresse un bilan sans complaisance des treize années qui ont suivi l'adoption de la loi sur l'aménagement du territoire (LAT), approuvée par le peuple suisse en juin 2013. Son constat est sévère : la loi qui devait garantir un développement maîtrisé du territoire a, selon lui, surtout pénalisé les locataires.
Un recul de la construction chiffré
Fort de plus de cinquante ans d'expérience dans l'immobilier, Bernard Nicod rappelle que la construction de logements dans le canton de Vaud est passée d'un pic de 7'000 unités par an en 1973 à une moyenne de 4'500 sur la dernière décennie, soit une baisse de près de moitié. À l'échelle suisse, il évoque entre 15 et 18 milliards de francs de projets immobiliers actuellement bloqués devant les tribunaux, ainsi que des milliers de logements qui restent à l'état de projet en raison des recours et de la lenteur administrative. Il relève également que le délai moyen entre l'idée d'un projet et la pose de la première pierre est passé de huit à douze ans depuis 2013.
La taxe sur la plus-value dans le viseur
Bernard Nicod s'en prend en particulier à la taxe sur la plus-value instaurée par la LAT, qu'il juge emblématique des effets pervers du texte : elle pénaliserait selon lui précisément les propriétaires qui souhaitent mettre leurs terrains sur le marché, décourageant ainsi l'offre alors même que la pénurie de logements est unanimement dénoncée. Il pointe aussi ce qu'il appelle une forme d'hypocrisie politique, la gauche déplorant la hausse des loyers tout en s'opposant à de nombreux projets de construction.
Une densification jugée insuffisante à elle seule
Pour Bernard Nicod, miser uniquement sur la densification ne suffira pas à résoudre l'équation du logement, alors que la population suisse croît d'environ 100'000 habitants par an et que le parc de logements stagne. Il salue la mise en consultation, par le canton de Vaud jusqu'à fin juin 2026, d'une révision de la LATC destinée à accélérer les procédures, tout en jugeant cette mesure « bien, mais très insuffisante » face à treize années de blocage.
Un soutien affiché au PLR
L'auteur dit avoir lu avec intérêt les propos tenus dans les mêmes colonnes par la coprésidente du PLR, Mme Vincenz-Stauffacher, et l'en remercie. Il appelle le PLR, et plus largement les partis attachés à la liberté économique, à porter ce combat jusqu'au bout, estimant qu'il s'agit d'une question de cohérence historique autour de la propriété et de la responsabilité individuelle.
Quatre pistes pour sortir de l'impasse
Bernard Nicod propose quatre mesures concrètes :
- Créer de nouvelles zones à bâtir là où la demande est réelle et documentée, notamment dans l'arc lémanique, l'agglomération lausannoise et la région nyonnaise.
- Limiter les recours à une seule instance, avec un délai maximum contraignant, pour mettre fin à des blocages pouvant aujourd'hui durer plusieurs années.
- Revoir la taxe sur la plus-value afin de ne plus pénaliser les propriétaires qui jouent le jeu de la mise sur le marché.
- Fixer aux communes des objectifs contraignants de mise en chantier, assortis de conséquences réelles en cas d'inaction.
« Il est minuit moins une »
Bernard Nicod, qui revendique la construction de 428 immeubles dans le canton au cours de sa carrière, conclut que la situation n'a rien d'insurmontable, mais que la volonté politique fait défaut. Il résume l'urgence de la situation en une formule marquante : « nous sommes à deux doigts du mur ».
Source : « La LAT devait protéger le paysage, elle a sacrifié les locataires », le regard de Bernard Nicod, 24 heures, mercredi 19 août 2026, p. 19.